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Apposer une valeur au mentorat? Impossible! lance Stéphane Simard. Simplement parce que son travail n’est pas tangible. « Par contre, un mentor permet d’aller au fond de soi-même, d’affronter ses craintes, de suivre son instinct. Mon mentor m’a forcé à me questionner, à faire ressortir une autre personne, plus déterminée. »
Le mentor a un effet direct sur la personnalité du mentoré, sur sa capacité à livrer la marchandise, clame Micheline Lapointe. « Quand je me suis lancée en affaires, j’avais de l’argent. J’ai rapidement embauché deux personnes. Mais l’entreprise ne décollait pas. J’ai dû congédier ces employés et ça m’a beaucoup affectée. J’étais découragée. Puis j’ai rencontré cette personne qui a cru en moi et en mes projets. Une personne qui m’a montré que ma compagnie, c’est moi, et que si je ne crois pas en moi, personne ne croira en ma compagnie. »
« La perception de soi constitue la première limite d’un individu, affirme Amir Mansour. Dans ce contexte, le mentor te dit qu’il sait que tu peux atteindre tes objectifs même si toi, tu en doutes. Sa présence a un énorme impact. Ça prend des gens de l’extérieur pour se comparer, se mesurer. On peut tous être des mentors, soyez-le autour de vous. »
« Un mentor a un impact non pas à cause de ses réalisations personnelles, mais par les questions qu’il vous pose, explique Stéphane Simard. Il change votre vie non pas par son modèle d’affaires, mais par son modèle de vie. »
Alors qu’il travaillait « encore » un dimanche, un client a conseillé à Claude Tremblay de solliciter l’aide d’un mentor.
Claude Tremblay est un vrai gars de chars. La mécanique, les voitures, c’est sa passion. Le genre de mécano instinctif, qui fabrique une voiture de rêve à partir de trois scrap. Mais il a une faiblesse : l’administration. À un certain moment, la paperasse de son garage ressemblait au contenu d’un bac de recyclage. Il a même travaillé sans permis pendant un temps, avec tous les risques juridiques que cela comporte. « J’étais naïf. Je ne savais pas qu’il fallait un permis pour revendre des automobiles! »
« Je ne connaissais rien dans les affaires. Mais je suis un bon vendeur! Je me suis lancé en affaires presque par accident, relate Claude Tremblay. J’avais installé mon entreprise dans ma cour. Elle a grandi, grandi, grandi. J’ai fini par avoir mon propre garage, des employés, de la machinerie, beaucoup d’équipement. Je connaissais une bonne croissance, mais je ne comprenais pas pourquoi je n’avais jamais d’argent! »
« Mon mentor ne m’a pas montré comment réparer des voitures, dit Claude Tremblay. Il m’a juste appris à régler les problèmes un après l’autre. Dans l’ordre. Depuis, j’ai appris à équilibrer mes comptes avec des contrats qui paient à court et à long terme, pour éviter les crises de liquidité. Mes papiers sont en ordre et ma femme a appris la comptabilité! »
« J’ai réalisé que je ne pouvais pas mener ma barque toute seule, confie Guylaine Audet. J’ai appris à déléguer. J’ai pu apprendre à partager mes recettes grâce à des ententes de confidentialité. J’ai engagé un chimiste. J’ai aussi engagé des vendeurs et des personnes pour mener la boutique et la production.
« Mon mentor m’a montré à me concentrer sur mes forces : la créativité et le marketing. J’ai fini par gagner des prix. Ce qui m’a ouvert les portes du financement : les institutions financières m’ont sollicitée. Aujourd’hui, je vends mes produits partout au Canada et j’ai même eu la visite de distributeurs japonais. Sans mon mentor, je serais encore devant mes fourneaux à mélanger mes recettes de savon. »
Ça doit cliquer
Ils sont unanimes : le jour où ils découvrent la force d’une relation avec un mentor, leur vie bascule irrémédiablement. Pour le mieux. Mais quels sont les ingrédients du succès d’une relation mentor-mentoré?
« Ça prend de la chimie entre le mentor et le mentoré. Pour moi, c’est l’ingrédient principal. Le mentor doit rapidement s’entendre avec le mentoré sur les priorités de ce dernier. Même si, plus tard, les imprévus de la vie bouleverseront cet ordre », affirme Daniel G. Forest.
Va pour la chimie. Mais la communication ne se fait pas sans effort. « Moi, je suis un adepte du nudisme, déclare Stéphane Simard, au milieu de l’hilarité générale. Il ne faut pas avoir peur de la transparence. La chimie, c’est la base. Mais il faut aussi de l’authenticité. »
Jean-Pierre Routhier se dit parfaitement d’accord avec le principe de se mettre à nu: « Il se développe rapidement une relation intime entre les deux, qui n’a rien à voir avec le sentiment amoureux. C’est une amitié basée sur l’expérience, la rigueur, l’enthousiasme. Le mentor est totalement axé sur les besoins du mentoré. Il doit avoir l’humilité d’écouter avant tout, de s’oublier. Ce qui demande une certaine empathie et de l’intégrité. Il faut être capable de mettre en place les conditions de succès pour le mentoré. Ce qui n’est pas facile, vous en conviendrez. Et il faut savoir refuser de s’engager comme mentor, si la chimie n’y est pas. Ou si le mentor n’a pas ce qu’il faut pour aider le mentoré à connaître la réussite. »
Amir Mansour estime qu’il faut, comme mentoré, être honnête avec soi-même. « Avant de rencontrer mon mentor, je me suis livré à un exercice d’introspection, dit-il. Je voulais me présenter le mieux possible. J’ai préparé un graphique temporel de mon évolution personnelle, constitué de petites bandes de couleur. Chacune représentant un aspect de ma vie professionnelle et personnelle. Puis, j’ai dressé la liste de mes points forts et de mes points à améliorer, ainsi que de mes objectifs personnels. Je voulais voir les faits d’un point de vue objectif. »
« J’ai une vision du monde des affaires d’un gars de 35 ans, reprend-il. Ce n’est certes pas la même que celle d’une personne qui a le double de mon âge. Je crois que, dans notre société, on n’écoute pas assez les aînés. Pourtant, nous avons tous quelque chose à retenir de leurs expériences. »
Sortir de son isolement
« Si le mentor est franc et sincère, ce sera facile de s’ouvrir à lui, ce qui fut mon cas, constate Micheline Lapointe. J’ai été serveuse dans un restaurant St-Hubert pendant 25 ans avant que mon mari ne décède. Je me suis lancée en affaires par la suite et ce fut tout un choc. »
Après avoir remporté un concours organisé par le Centre local de développement Deux-Montagnes, Mme Lapointe s’est sentie abandonnée. « J’avais mon trophée et mon chèque, mais tout s’est écroulé. Je me battais contre les gouvernements, les clients, la société au complet pour faire valoir mes idées et mon entreprise. J’avais acheté de la publicité mais ça ne débloquait pas. J’en étais rendue à me dire que, pour réussir en affaires, il faut être un géant de l’économie et avoir d’énormes moyens financiers. J’étais très découragée lorsque le Centre m’a présentée à son service de mentorat d’affaires. Mais cette expérience m’a permis de sortir de ma solitude. »
Elle insiste sur la grande générosité de son mentor : « Le mien dit toujours oui si j’ai besoin de le rencontrer. Il a toujours du temps à me consacrer. »
Lorsque la responsable de la cellule de mentorat de sa région est venue trouver Gilles Houde, elle lui a présenté trois mentorés potentiels. Il les a immédiatement trouvés fort sympathiques. « Mais le fit s’est rapidement fait avec mes mentorés actuels parce que j’ai senti chez eux le désir de travailler ensemble. Je savais que je pouvais leur apporter beaucoup. »
Sur les conditions de succès, M. Houde n’y va pas par quatre chemins : le mentor doit avoir une main de fer dans un gant de velours. « C’est certain que tu dois écouter avant tout, dit-il. Mais il survient rapidement une sorte de dilemme pour le mentor. Vous devez donner des devoirs à vos mentorés. Mais sans que ça devienne une pression de plus après le banquier, les clients, les employés et la famille. Mais ces devoirs sont importants si vous voulez que votre relation donne quelque chose. »
Stéphane Desjardins
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